BIENVENUE SUR **drama-th-twins-fic**

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Nouveaux lecteurs, j'ai mis la fiction entière à la suite ...

Anciens lecteurs, j'ai viré tous les articles d'avant ( pas supprimé, juste mis hors-ligne ) et j'ai mis des liens dans l'article suivant ...



Je voudrais aussi préciser que Jessica a changé de maison et n'a plus accès à Internet ... j'espère qu'on va trouver une solution, en attendant c'est moi le blog !




(Tout les numéros de chambres de ce blog porteront le numéro 483, ça nous éclate ...)
# Posté le vendredi 23 mars 2007 11:50
Modifié le vendredi 23 novembre 2007 12:25

drama-th-twins-fic

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(j'ai pas pris en compte les articles de pub et les commentaires uniques)

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# Posté le mardi 25 septembre 2007 12:51
Modifié le dimanche 21 octobre 2007 08:30

Face à la Mort, face à l'Amour

Face à la Mort, face à l'Amour
Face à la Mort, face à l'Amour

Résumé de la fic : A la suite d'un accident de train dans lequel Georg a trouvé la mort, puis du suicide de Gustav en plein Paris, les jumeaux se retrouvent seuls et sont recherchés par la police pour une faute qu'il n'ont pas commise. Mais la rencontre avec deux jeunes parisiennes déterminées à les aider suffira-t-elle pour qu'ils retrouvent goût à la vie ?


Partie 1
Loin des yeux, près du coeur

Tokio Hotel.
Un accident de train. Qui gâcha la vie de trois personnes et arracha celle du dernier.
Un suicide. Plus que deux.
Paris. Les jumeaux, détruits, se retrouvent accusés d'un meurtre qu'ils n'avaient pas commis.
Nous. Nous, parisiennes, heureuses, et croyant encore ce monde juste et beau. Oui, nous avons été si naïves ...


Partie 2
Rêve brisé en reconstruction

Dure dure, la vie à quatre dans un si petit appartement ... Disparaissent les illusions, apparaissent les sentiments ...


Partie 3
La mort dans lme

"C'est dans le malheur que l'on reconnaît ses véritables amis", dit le proverbe.
Aussi faut-il savoir doser le malheur ...


Partie 4
Des liens fragiles

L'amour est sublime et misérable, héroïque et stupide. Juste, jamais. Ce n'est pas l'amour qui relève du registre de la justice, c'est l'amitié.
L'amour rend aveugle à peu près autant que l'amitié rend naïf ...
# Posté le lundi 01 octobre 2007 10:50
Modifié le mardi 02 octobre 2007 12:39

Partie 1 : Loin des yeux, près du coeur

Partie 1 : Loin des yeux, près du coeur
CHAPITRE 1
TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM

Train Magdeburg - Paris, 14h

Pendant que Gustav et Georg partaient en quête de nourriture, Bill et moi discutions de notre avis sur les françaises :
- J'aime beaucoup leur voix. Elles ont des voix plus douces que les Allemandes. Et alors les françaises aux cheveux longs, c'est vraiment mon genre, déclara Bill, rêveur.
- Moui, lors de notre dernier passage en France, il y en avait une qui me plaisait. Mais elle parlait trop vite et je n'ai pas capté un seul mot. J'ai fini par partir pour en trouver une autre.
Bill sourit ; il avait toujours apprécié ma façon de voir les filles. Ca l'amusait beaucoup, je crois.
- Eh bien maintenant au moins tu les comprendras !
En effet, durant tout l'automne, mon frère et moi avions pris des cours de français. Je dois reconnaître que je me débrouille pas mal. Je pourrais enfin dire aux fans ce que je pense d'elle !
Tandis que je m'amusais à compter mes conquêtes, Bill imaginait un portait de la fille idéale :
- ... de grands yeux bleus, longs cheveux clairs, visage fin, avec du caractère mais pas trop, à l'aise mais pas trop, intelli ... AAAAAHHHH !!!!!!!

Je criais moi aussi. Une forte secousse nous avait projeté du côté de la fenêtre. Je jetai un regard paniqué à Bill, quêtant son sourire rassurant ; mais ses yeux horrifiés fixaient au-dehors.
Je voulus regarder moi aussi mais une seconde secousse plus brutale m'envoya contre la porte. J'eus juste le temps d'apercevoir l'arrière du train qui continuait sont chemin alors que nous tombions dans je ne sais quoi. Dans un ultime éclair de lucidité, je compris que le train avait quitté les rails et glissait le long d'une pente.
La suite reste un souvenir flou. Je me souviens avoir vu le paysage tourner autour de nous, la tête Bill qui passait devant moi, du sang sur la porte du compartiment, puis je perdis connaissance.

*****

Lorsque je me réveillai, la lumière me fit mal aux yeux. Le monde arrêta de tourner autour de moi. J'étais assis par terre, appuyer contre la banquette. J'attendis que tout soit clair dans mon champ de vision, puis j'observai. La porte du compartiment était fermée ; une tâche rouge sombre s'étalait en son centre. Mon ventre se noua.
Je remarquai enfin l'absence de Bill. Je fronçai les sourcils, espérant qu'il ne lui était rien arrivé. A quatre pattes, j'entrebâillai la porte et sortis la tête. Je le regrettai aussitôt. La scène devant moi était un massacre, un pêle-mêle de corps enchevêtrés et d'éclats de verre.
C'est à ce moment là que je me rendis compte que j'avais eu une chance incroyable de m'en sortir. C'est également à ce moment que je m'inquiétai vraiment pour Bill. Faisait-il lui aussi parti des corps blessés peuplant les couloirs ? Etait-t-il seulement vivant ?
Je retournai sur la banquette, me blottis dans un coin, rentrai les mains dans les manches de mon manteau et attendis, tremblant comme une feuille.

*****

- Tom ?
Je me retournai sans me réveiller.
- Tom, s'il te plait, réveille-toi !
Ce fut le ton plus que suppliant de Bill qui m'incita à ouvrir les paupières. Le temps d'émerger complètement de mon sommeil, je me demandai avec dégoût comment j'avais pu m'endormir au milieu d'une telle horreur.
Le visage livide de mon frère était penché au-dessus du mien.
- J'étais parti voir de mes propres yeux les dégâts, je n'ai pas attendu que tu sois réveillé, s'excusa Bill.
Je lui posai une main sur l'épaule, pour le rassurer, et surtout pour me relever.
Je lui souris et m'attendis à ce qu'il me rende ce sourire complice que nous échangeons souvent lorsqu'il y a un problème mais que nous savons que tous les deux, on s'en sortira. Mais au contraire, Bill baissa les yeux et inspira fortement, comme pour me faire une déclaration difficile.
Je l'encourageai :
- Qu'y a-t-il ? Allez, frérot, dis-moi !
Bill lâcha un soupir et murmura :
- Il vaut mieux que tu vois ça par toi-même.
Mon jumeau était bouleversé, je le sentais, et je le comprenais bien. En jetant un regard par la vitre qui donnait sur l'extérieur, je remarquai que le train avait encore perdu un wagon avant de se stabiliser ; celui-ci était tombé un peu plus loin dans la pente de la colline où nous étions échoués. Une fourmilière de contrôleurs allaient et venaient d'une partie à l'autre, transportant des corps ensanglantés.
Je suivis enfin Bill qui s'impatientait. En temps que son grand frère de 10 minutes, je me devais de rassurer le jeune homme devant moi, qui n'avait absolument rien à voir avec le chanteur hyperactif de Tokio Hotel.
Nous passâmes devant un compartiment dont la porte était défoncée. A l'intérieur, des contrôleurs tentaient d'arracher un bébé inanimé des bras de sa mère en pleurs. Un éclat de verre dépassait de chaque côté de la gorge du nourrisson.
Je continuai mon chemin dans les couloirs, suivant Bill qui fonçait les yeux baissés, ne se souciant pas des morts qu'il croisait. Alors que je fixais mon frère, je marchai sur quelque chose de mou. Un corps. Un corps auquel il manquait la moitié d'un bras. Je constatai avec horreur que l'autre moitié était suspendue au mur, agrippée à une barre de fer. Je me dépêchai de passer mon chemin, déglutissant de plus en plus difficilement.
En chemin, nous croisâmes un contrôleur, une liste de noms à la main, qui nous interpella. Bill n'y prêta pas attention et passa devant lui en coup de vent. L'homme s'enquit :
- Nom et prénom ?
- Kaulitz Bill et Tom ..., déclarai-je.
Il leva des yeux étonnés, mais ne posa pas de questions. Ce n'était pas le moment de m'occuper de ma célébrité. Je masquai le dégoût que m'inspirait sa manière indifférente de cocher la case « vivant » en face de nos deux noms dans son tableau. Plus de la moitié de la colonne « mort » était remplie. Je détournai rapidement le regard et poursuivit mon frère qui avançait toujours.
Bill s'arrêta enfin et attendit que je le rejoigne. Alors que j'arrivais à l'angle où il s'était arrêté, je découvris deux nouveaux corps inertes adossés au mur. Un blond et un brun. Avec un air familier ...
- Gustav, Georg ... non ! Mais, mais, comment ...
Les mots se bloquèrent dans ma gorge.
Les cadavres de mes deux amis gisaient au sol, au milieu d'une mare rouge sombre. Bill se détourna du spectacle répugnant qu'ils offraient, le menton tremblant.
Je fixai les corps livides à mes pieds sans les voir vraiment. Je me sentais vide. Avec des gestes mécaniques, je m'agenouillai auprès d'eux. Ils n'avaient aucune blessure apparente.
Je restai là dix minutes. Lorsque je me retournai enfin, je m'aperçus que Bill n'était plus là. J'aurais voulu crier. J'aurais voulus pleurer. Mais je ne pouvais pas. Je décidai d'examiner mes amis. Je me penchai sur Gustav qui était le plus près de moi. Il ne semblait pas avoir perdu trop de sang, son visage était encore un peu coloré. Il avait une longue estafilade sur la cuisse droite qui ne semblait pas trop profonde ; sa main n'avait pas un aspect normal. Je ne pus déterminer la cause de sa mort. Rassemblant tout mon courage, j'examinai également Georg. Les mains tremblantes, je pris sa tête et la décollai du mur pour venir l'appuyer contre mon épaule et le serrer fort pour la dernière fois. Un fin filet de sang s'étira.
J'eus un haut-le-c½ur mais regardai tout de même l'arrière de sa tête. Au travers des cheveux collés par le sang coagulé, je découvris une grande plaie traversant tout son crâne. La peau pendait lamentablement autour de l'ouverture, laissant apparaître son crâne fracturé. Il avait dû se cogner la tête contre le mur lorsque le train avait déraillé.
Partagé entre la tristesse et l'éc½urement, je sentis mes jambes se dérober sous moi. J'eus juste le temps de sauter hors du wagon, puis je vomis tout mon repas de ce midi, toute ma colère et tout mon désarroi. Enfin, à bout de force, je m'effondrai dans l'herbe humide, et m'évanouis.

*****

Je me réveillai pour la quatrième fois de la journée. La zone s'était dépeuplée. Quelques personnes restaient encore, ainsi qu'un commando de policiers. Des civières passèrent devant moi. Y étaient allongés des mères criant le nom de leurs enfants, ces mêmes enfants criant le nom de leurs mères, de vieilles personnes, des hommes gémissants ... soudain, je reconnus Gustav et Georg. Les corps avaient été nettoyés, mais les vêtements tâchés de sang indiquaient clairement l'état de leurs propriétaires.
C'est à ce moment, alors que je regardai les cadavres de mes amis s'éloigner en une procession funeste, que tous les sentiments, toutes les émotions qui s'étaient bloquées au fond de moi ressurgirent. Je fus secoué de sanglots violents, incontrôlables. J'avais perdu mes deux meilleurs amis aujourd'hui, morts d'un accident de train. Cela ne pouvait être vrai. Ce n'était pas possible.
- Ce n'est pas possible ! criai-je.
Personne ne fit attention à moi. Moi, pauvre ado paumé, assi dans l'herbe, à chialer comme un gamin ...
Plus de Georg. Plus de Gustav. Plus de bassiste ni de batteur. Plus de fous rires continus pendant les répétitions. Plus d'apparitions dans les émissions françaises. Plus de groupe. Plus de Tokio Hotel ...
Une main se posa sur mon épaule. Je me retournai brusquement. Un policier se tenait devant moi ; il me demanda :
- Voulez-vous que je vous ramène quelque part, jeune homme ?
Je me levai, lui tournai dédaigneusement le dos et partit à la recherche de mon jumeau. Je contournai le train, et le vis de l'autre côté en train de délirer, parlant tout seul, les bras et les yeux levés vers le ciel.
- Pourquoi ? Pourquoi eux, hein ? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait espèce de salop ? Pourquoi nous ?
Bill n'étant pas croyant, je me demandai à qui il s'adressait. Je m'approchai. Des larmes ruisselaient le long de ses joues. Il criait toujours.
Je l'appelai ; il ne m'entendit pas. Je me plaçai devant son nez. Prenant enfin conscience de ma présence, il s'en prit à moi :
- Quoi, Tom, quoi ? Tu viens me blâmer, c'est ça ? C'est ma faute, mais bien sûr que c'est ma faute !
La folie et le désarroi se lisaient dans ses yeux. Je mis quelque secondes à comprendre : il se sentait coupable car son retard nous avait obligé à prendre le train suivant. La tristesse de mon frère se répercutait en moi. Je voulus le prendre dans mes bras ; il me repoussa.
- Tom, Tom, je m'en vais, je pars ... déclara-t-il soudain calme. Je ... je ne peux pas rester là.
- Hein ? Mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu vas où ? m'enquis-je inquiet.
- Je ne sais pas, loin de toi ... à un endroit où je ne provoquerai la mort de personne, où je ne ferais plus de mal, surtout pas à toi !
- Mais Bill ...
- Je ne veux pas risquer de te perdre.
- Mais Bill, tu débloques !
- Laisse-moi ...
- Bill, reste, je t'aime, je ... je t'en pris ! Souviens-toi, mon frère ..., suppliai-je.
Mais c'était trop tard. Il était parti. Il s'éloigna sans un regard en arrière, ses grosses semelles fouettant l'humidité de l'herbe.

Alors que je me retrouvai seul, je commençai à regretter d'avoir refusé la proposition du policier qui voulait me ramener en voiture.
J'errai comme un spectre entre les débris ; je finis par trouver un homme qui accepta de me déposer à l'hôtel de Paris où nous étions attendus à l'origine. La ville était plus près que je ne le pensais et vers 16 heures, j'étais arrivé à la capitale française. Je remerciai mentalement Bill de m'avoir convaincu d'apprendre le français, mes récentes connaissances ne me seraient pas de trop ici.
Pendant tout le trajet, je ne cessai de penser à Bill, mon frère désemparé livré à lui-même avec pour seule compagnie sa tristesse. Je remerciai vaguement le conducteur et sortit de la voiture. Je le regardai partir avec une soudaine angoisse. Si on me reconnaissait ... Je baissai les yeux.
Quelque chose vibra dans ma poche. Mon portable. Peu de gens possédaient mon numéro de portable. Plein d'espoir, je demandai :
- Bill ?
Mais ce fut une voix de femme, parlant français, qui me répondit. J'écoutai attentivement, mes yeux s'agrandissant progressivement. Dès que la femme eut fini, je fermai brusquement le portable et interpellai un taxi.




CHAPITRE 2 (1)
BILL BILL BILL BILL BILLL BILL BILL BILL BILL BILL BILL BILL BILL BILL

J'étais rentré en taxi à Paris, à l'hôtel où nous étions sensés nous rendre avec le groupe. Tout en me dirigeant vers le bâtiment qui faisait l'angle d'une rue, je regrettai d'avoir ainsi laissé tomber Tom au moment où il avait le plus besoin de moi ... et où j'avais le plus besoin de lui ! Il me fallait seulement fouiller ma poche, trouver mon portable et composer son numéro pour pouvoir m'excuser, mais quelque chose me retenait. Comme de la honte. J'attendrai qu'il m'appelle.
Je franchis la porte et me retrouvai dans un univers familier : de somptueux hôtels qui nous accueillaient ainsi que l'admiration et le respect de personnes qui avaient le double de notre âge. L'univers de Tokio Hotel ... Hélas, Tokio Hotel n'était plus qu'un souvenir. Les grands halls luxueux devenaient des entrées glaciales.
Une jeune femme derrière son bureau attendait que j'arrive à sa hauteur. Elle prit son air le plus chaleureux et questionna :
- Mr Kaulitz, je suppose ?
J'essayai de sourire, mais le c½ur n'y était pas. Avec Tom loin de moi, je ne pouvais plus.
La réceptionniste prit ma grimace pour une approbation et, tout en me tendant les clés, m'énonça :
- Chambre 483, 3ème étage à droite.
Je saisis la clé, priant pour qu'elle ne me pose pas la question. Elle la posa :
- Le reste du groupe n'est pas avec vous ?
Mon sentiment de culpabilité envers Tom s'accrut encore. Mes acquis de français me permirent de répondre :
- Je ... je crois qu'ils ne viendront pas.
Je n'attendis pas la question suivante et me dirigeai vers grande porte de bois dans son dos, sous son regard étonné. J'avais honte de fuir ainsi la vérité.
Je fis le point sur les récents évènements tout en gravissant les marches. Deux morts. Impossible de revenir en arrière. Tom loin de moi ; j'avais espéré qu'il se rende lui aussi dans cet hôtel, mais les clés dans ma main prouvaient le contraire. Un seul moyen de le contacter : le portable. Un moyen auquel je n'arrivais pas à me résoudre. J'étais seul dans une capitale étrangère avec pour seules armes ma célébrité et mon fric. Mais bordel, comment est-ce que j'en étais arrivé là ?!
Mon portable vibra. Mon c½ur loupa un battement.
- Allô ... Bill ?
Je me détendis en entendant la voix de Tom.
- Bill, fais pas de connerie, s'il te plaît, je suis là maintenant !
Le soutien de mon frère me réchauffa le c½ur. Mes yeux s'emplirent de larmes ; je lâchai :
- Oh, Tom, je suis désolé ...
- Non, ne t'excuse pas, ce n'est pas la peine, m'assura-t-il, la voix vibrante d'émotion.
- Mais je ... j'aurais pas du partir et ... et te laisser comme ça, seul, te faire du mal, car ... car moi aussi ça me fait mal, j'aurais pas dû te laisser, j'ai pété un câble, je suis désolé ...
- Bill ! coupa mon frère avec un ton autoritaire qu'il employait très rarement avec moi. Il reprit d'une voix plus douce : Bill, je n'ai pas besoin de tes excuses. Tu ne crois pas que notre lien va plus loin que les mots ?
Son intonation m'indiqua qu'il souriait en prononçant ces paroles. Je ravalai les dizaines de répliques qui me vinrent à l'esprit et admit :
- Si, sûrement ...
Il y eut un long silence, pendant lequel nous nous échangeâmes des pensées affectueuses et compréhensives. Je m'assis sur une marche de l'escalier, devinant que Tom n'avait pas fini. Enfin, il prit la parole :
- En fait, Bill, je ne t'ai pas appelé que pour ça ...
Je me redressai, alarmé par son ton tendu.
- Il y a un problème ?
- Non, enfin, ça dépend du point de vue ...
- Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Tom !
- Il y a une très bonne nouvelle : Gustav a repris connaissance, il n'est pas vraiment en forme, mais il ne gardera pas de séquelles.
Je bondis de ma marche et dévalai l'escalier de l'hôtel en sens inverse. Je serrai le portable à m'en faire blanchir les phalanges.
- J'arrive, j'arrive ! Où est-il ?
- A l'hôpital St Paul, au nord de Paris.
A bout de souffle, je parvins enfin au bas des marches et traversai le hall par une longue glissade sur le carrelage. La réceptionniste me jeta un regard dubitatif mais j'étais déjà dehors avant qu'elle ait ouvert la bouche. Une fois à l'air frais, je demandai à Tom :
- Mais ... t'as pas l'air content ! Quelque chose ne va pas ?
- C'est que ..., commença mon frère, il ... il croit que Georg est avec toi ; je n'ai pas eu le courage de lui dire que ... enfin ... oh Bill ...
Tom fondit en larmes. J'aurais voulu le serrer dans mes bras. D'une voix emplie d'amour, je lui assurai :
- Ne t'inquiète pas, je me dépêche !
Il murmura un « oui » étranglé, et je claquai le portable. Il était temps de prouver que j'étais bien le jumeau de mon jumeau ...

Dans le taxi, je ne cessai d'ordonner au chauffeur d'aller plus vite. Lorsque je vis enfin apparaître l'hôpital St Paul, je payai et me préparai à sauter hors de la voiture. A peine le véhicule fut-il arrêté que j'étais déjà en-dehors. Alors que je m'apprêtai à piquer un sprint vers la porte d'entrée, le chauffeur m'appela timidement :
- Monsieur ?
Je me retournai avec un soupir.
- Quoi ?
Ma légendaire politesse attendra quelques jours pour se manifester. L'homme bafouilla :
- Etes- vous ... Monsieur Kaulitz ? Bill Kaulitz ?
J'acquiesçai, maudissant mon maquillage peu discret. Le chauffeur insista :
- Le ... le chanteur de Tokio Hotel ?
Je hochai de nouveau la tête, m'impatientant.
- En fait, ma ... ma fille est fan de vous, vous ne voudriez pas lui faire une dédicace, s'il vous plaît ?
Pris d'un soudain accès de colère que je ne compris pas moi-même, je claquai la portière et fonçai vers l'hôpital, sans un regard pour le père étonné et déçu de ne pas avoir obtenu une dédicace pour sa fille. J'eus un soupçon de culpabilité, mais Gustav et Tom reprirent aussitôt la première place dans mes idées.
Je franchis la porte en courant. Je pensai un instant à profiter de ma célébrité pour doubler tout le monde, mais je décidai de faire la queue normalement. Lorsque ce fut mon tour, je me jetai sur le comptoir et annonçai :
- Gustav Schäfer !
L'homme ne se démonta pas. Il me répondit calmement :
- Chambre 483, à l'étage « Réanimation ».
Encore 5 étages à monter. Si on ressortait intact de cette histoire tragique, il faudra vraiment que je fasse plus de sport ! Allez, plus que trois étages ... deux étages ... quelques marches ... ouf ! Je suivis les panneaux et arrivai à la chambre numérotée 483. J'hésitai devant l'entrée ; je collai mon oreille contre la porte. C'était le silence complet dans la pièce. Je n'osais pas faire irruption sans prévenir. Je frappai. Aucune réponse. Inspirant à fond, j'ouvris donc la porte, attendant les reproches de Tom sur ma conduite qui n'allaient pas tarder. Mais au lieu de ça, je le trouvai endormi sur une chaise à côté du lit où Gustav dormait aussi. Il est vrai qu'il était presque 19 heures et que la journée avait été mouvementée pour mon frère et moi.
Qu'il était mignon, quand il dormait ... Je m'approchai et lui déposai un bisou sur le front ; il se réveilla et me regarda en silence. Par ce regard, nous nous dîmes tout ce que nous n'avions pas pu nous dire par le téléphone. Qu'on s'aimait. Que chacun était la personne la plus chère au monde pour l'autre.
Puis, après un long moment, je chuchotai pour ne pas réveiller Gustav :
- 'Chuis pardonné ?
Tom me sourit. Il n'eut pas besoin d'en faire plus. Je le serrai dans mes bras, sanglotant doucement sur son épaule. Il me donna une tape affectueuse dans le dos et me glissa :
- Ce n'est pas un accident de train et deux morts qui pourront nous séparer, hein frérot ?
Cette remarque, plutôt que me remonter le moral, me plongea dans une mélancolie sombre. Tom s'en rendit compte et m'enlaça de nouveau, une étreinte que je lui rendis de bon c½ur. Cette fois, mon frère grogna :
- Il faudra vivre sans lui, maintenant ...
J'eus un hoquet de douleur et enfouit ma tête dans ses dreads. Je ne devais pas être très beau à voir avec mon maquillage dégoulinant et les vêtements tâchés du sang de Georg.
Gustav remua. Je repris contenance rapidement, m'écartai de Tom qui se rassit près du batteur pour lui passer un linge humide sur le front. Gustav laissa à ses yeux le temps de s'accoutumer à la luminosité de la pièce, puis il se tourna vers moi. Un sourire éclaira son visage ; un sourire que j'étais content de revoir, un sourire qui me manquait ...
Mais celui-ci se transforma vite en moue :
- Georg n'est pas venu ? Je croyais qu'il était avec toi !
Aïe. Un silence pesant s'installa. Tom et moi nous regardâmes. Puis je regardai Gustav qui s'était relevé et attendait la réponse les sourcils froncés. Je revins à Tom qui me fixait toujours. Le message était clair : c'est à moi que revenait la dure tâche d'annoncer la mauvaise nouvelle à Gustav. Je pris une profonde inspiration et me lançai :
- Georg ... ne viendra pas ...
- Ah ... c'est pas grave, dit Gustav déçu.
- Gustav ... Georg ne viendra jamais.
Le batteur leva vers moi un regard déconcerté, ne sachant s'il devait comprendre de mes paroles ce qu'il n'avait pas envie de comprendre.
- Bill, explique-toi !
- Lors ... lors de l'accident ...
Je m'arrêtai un instant, espérant que Tom allait continuer, mais il resta muet et je repris :
- Lors de l'accident, Georg s'est cogné la tête contre un mur, il avait une grande blessure et ... et ... il en est mort.
Ma voix trembla sur la fin de ma déclaration. J'ajoutai, sachant que ce serait inutile :
- Je suis désolé. Vraiment.
Je baissai les yeux, car il m'était trop dur de voir le visage de Gustav à ce moment. Tom voulut lui prendre la main, mais le batteur la retira et s'enfonça dans sa couverture, ses yeux vides fixant le plafond.
Et là est arrivée l'infirmière. Cette saloperie d'infirmière. Quand j'y repense maintenant, je me demande ce qui serait arrivé si elle était venue plus tard. Peut-être Gustav serait encore en vie ...
Elle fit irruption dans la chambre avec un sourire forcé, un porte document à la main, et a déclaré avec une voix faussement enjouée :
- Monsieur Martin a analysé vos radios. Vous n'avez rien de grave, seulement votre main qui est très fragile ; j'ai bien peur que vous ne puissiez plus faire de la batterie de votre vie.
Comme Gustav ne parlait pas très bien français, je lui traduisis. Il se releva brusquement, arrachant quelques fils enfoncés dans son dos. L'infirmière posa son porte-document et poussa le soupir de la mère exaspérée par son enfant qui n'est pas sage. Alors qu'elle s'apprêtait à lui raccrocher les tubes de plastique, Gustav quitta le lit, enfila rapidement jean et T-shirt et se dirigea vers la porte.
- Où vas-tu ? s'enquit Tom, complètement dépassé.
- Ailleurs, cria le jeune homme du couloir.
Mon jumeau et moi s'échangeâmes un regard et d'un même geste, nous franchîmes la porte pour poursuivre Gustav qui descendait déjà les escaliers.

C'est grand Paris. Trop grand.
Devant l'hôpital, Tom et moi cherchions le batteur de vue. Il avait disparu, bien qu'il y ait peu de personne dehors à cette heure-ci.
Tom souffla :
- Pourvu qu'il ne fasse pas de bêtises !
Son souffle dessinait un nuage de buée devant ses lèvres, à cause du froid hivernal. Nous étions résolus à rentrer et à attendre son retour. Je répondis :
- Gustav est raisonnable, ne t'inquiète pas ...
J'avais parlé trop vite. Sa silhouette apparut en haut d'un immeuble à notre droite, et s'approcha dangereusement du bord. Tom s'exclama :
- Il ne va pas sauter, tout de même ?!
Je lâchai un « Oh ***** ( juron allemand qu'il n'est pas raisonnable de traduire ) » et nous courûmes vers le bâtiment qui semblait reculer à mesure qu'on avançait. Après une interminable course, nous parvînmes enfin au pied de l'immeuble. Courrant déjà, je criai à Tom :
- Reste en bas, je monte lui parler !
Mon frère fit mine de vouloir protester, mais l'urgence de la situation ne lui permit pas de faire des chichis. Je grimpai dans la cage d'escalier ; j'étais épuisé, mais une source d'énergie me donnait des ailes. J'aperçus la porte métallique en haut.




CHAPITRE 2 (2)
BILL BILL BILL BILL BILLL BILL BILL BILL BILL BILL BILL BILL BILL BILL

J'ouvris la grille à la volée sans me préoccuper du mur qu'elle venait de défoncer.
La silhouette de Gustav se découpait un peu plus loin, accrochée à la barrière ... mais pas du même coté que moi ! Je courus vers lui en criant son nom. Il ne se retourna pas.
Arrivé dans son dos, je murmurai :
- Gustav ?
Une question qui résumait toutes les autres que je n'osai pas poser.
Il tourna enfin son visage vers moi. Je constatai que, malgré tous ses efforts pour le cacher, ses traits étaient tendus, il avait peur du vide sous lui ...
« Il ne sautera pas », songeai-je, plus pour me rassurer que pour évaluer la situation. Situation très peu brillante, il faut l'avouer.
- Bill, qu'est-ce qui me retient ici alors que celui que je considérais comme mon frère est mort par ta faute et que la seule passion qui occupait ma vie devient impossible à cause de quelques os qui ne sont pas à leur place ? demanda Gustav, n'attendant pas vraiment de réponse.
Je lui répondis néanmoins :
- Nous ...
Gustav me jeta un regard douloureux, puis détourna la tête pour recommencer à fixer le vide. Je continuai sur le sujet, voyant que ma réponse avait fait de l'effet :
- Tom et moi devons déjà supporter la mort de Georg, dis-je, sentant ma gorge se nouer en prononçant le nom du défunt. Partiras-tu la conscience tranquille en sachant ce que tu nous feras endurer ?
Je n'obtins aucune réponse, mais je vis une unique larme couler le long de sa joue. Je tentai de prendre un air naturel, mais la sueur sur mon front prouvait mon inquiétude. Je cherchai un autre moyen de le ramener du bon côté de la barrière sans venir le chercher moi-même.
A court d'idée, je chantai un refrain bien connu de l'ex-futur-suicidé :

Ich schrei in die nacht für dich ...

Ma voix était réduite à un chuchotement, car ma gorge serrée ne pouvait émettre aucun son plus puissant.

Lass mich nicht im Stich
Spring nicht ...

Quelle idée idiote.
Par un vieux réflexe, Gustav lâcha la barre de sa main bandée et mima les mouvements qu'il faisait devant sa batterie. Mais un éclair de douleur transperça sa main et il masqua l'expression de souffrance de son visage derrière une grimace qui ne tromperait personne.
J'étais conscient du courage qu'il fallait pour ne pas se suicider après une telle accumulation de chocs émotionnels. Je fermai les paupières un instant pour permettre à mes yeux de chasser les larmes qui y montaient.
Lorsque je les rouvris, je vis une touffe de cheveux blonds disparaître derrière le rebord de béton. Je me plaquai contre la barrière et regardai, le visage décomposé, le corps de Gustav tomber en chute libre sur les trente mètres qui le séparaient de sa mort. Malgré l'obscurité naissante du soir, je vis ses lèvres s'étirer en un faible sourire et articuler mon nom : Bill ...

Je poussai un cri qui déchira le silence et m'attira le regard étonné de quelques passants.

Non.
Pas lui. Pas encore un autre ...

L'idée de le rejoindre en bas par le même chemin me tenta. Je sentais la Mort me tourner autour comme un vautour affamé et me pousser à franchir cette simple barrière qui m'empêchait de sauter de cette saloperie d'immeuble. Mais une voix me retint. Une voix grave, une voix réconfortante, une voix qui m'aimait, la voix de mon frère qui résonnait dans ma tête ...
Je m'aperçus alors que j'avais appuyé mon front contre la barrière et que ma vision était brouillée. Un rideau de larmes inondait mon visage, se mêlant à la sueur qui avait coulé de mes tempes. Secouant la tête, je voulus rejoindre les escaliers mais mes jambes ne me répondaient plus.
Là, au bord du toit d'un immeuble, un soir d'hiver, je me sentis plus seul que jamais. Je levai les yeux vers le ciel noir et dépourvu de nuages.
« Comme moi », me dis-je. Sombre et vide.




CHAPITRE 3
TIPHAINE TIPHAINE TIPHAINE TIPHAINE TIPHAINE TIPHAINE

Nous nous promenions avec Jessica dans les rues sombres de Paris. Nous rigolions, plus pour nous rassurer que pour réellement plaisanter : nous nous étions faites interpellées plus d'une fois par un ivrogne errant.
Jessica entama le début de Totgeliebt ; je la rejoignais au refrain. Dans l'obscurité des ruelles où nous nous engagions, le chant égayait l'atmosphère. Soudain, elle m'arrêta du bras et m'intima le silence. Elle me fit signe d'écouter. Je n'entendais rien. Je fronçai les sourcils.
- Jess, qu'est-ce que ...
- Chut !
Si, finalement ... un sanglot ! Quelqu'un pleurait. Jessica s'avança vers l'origine du bruit ; je la suivis de loin. Nous arrivâmes enfin dans une ruelle semblable à toutes les autres, hormis une silhouette noire tapie contre un mur. J'interrogeai mon amie du regard, et elle me confirma d'un signe de tête qu'elle allait voir celui qui pleurait ainsi. Assis par terre, le visage entre les genoux, il ne nous entendit pas approcher. Il portait un long manteau noir, et avait une allure gothique. De moins en moins rassurée, j'adressai une grimace à Jessica qui haussa les épaules et s'agenouilla près de lui :
- Excusez-moi ... ça ne va pas ?
Il releva brusquement la tête, surpris. Je vis alors avec étonnement Jess pousser un cri aigu et avoir un mouvement de recul devant le visage de l'inconnu. Je pinçai les lèvres et me plaçai en face de lui. Malgré le maquillage qui avait coulé et ses cheveux en bataille, je reconnus sans difficulté ces traits fins : Bill Kaulitz !
Alors que Jessica tentait de respirer normalement, je fus moins touchée et réussis à prononcer :
- B ... Bill Kaulitz ?
Le jeune homme, qui semblait effectivement être celui que je pensais, poussa un soupir qui m'indiqua clairement que sa célébrité n'était pas sa priorité ce soir là. Puis il enfouit de nouveau entre ses jambes et pleura de plus belle. Fût-ce été un garçon banal, je serais partie sans remords. Mais c'était Bill. Bill Kaulitz. Je ne pouvais pas le laisser ainsi. Je m'agenouillai à mon tour à ses côtés et lui demandai :
- Tu parles français ?
Pas de réponse. Je levai des yeux désolés vers Jessica, que la tristesse apparente du garçon n'empêchait pas d'admirer les beaux cheveux aux extrémités blondes dépassant de ses cuisses. Je me préparai à partir lorsqu'un « oui » murmuré sortit d'entre les genoux de Bill. Je me retournai vers lui. Bon. Cela simplifierai les choses. Je me raclai la gorge, ne sachant quoi lui dire. Je posai une main sur son épaule et demandai :
- Tu es seul ? Où est Tom ? Et les autres ?
Bill se dégagea vivement et leva un visage affolé.
- Tom ! Je l'avais oublié, il doit me chercher ! dit-il en allemand.
Il se releva rapidement et commença à courir verse la sortie de la rue. Vexée, je criai :
- Bill ! Biiiiiiiiiiiiill !
Il jeta un coup d'½il dans son dos et dit d'un français maladroit :
- Heum ... merci !
Sans savoir vraiment pourquoi, j'avais les larmes aux yeux, comme si c'était à cause de ma remarque que Bill s'était éloigné. D'ailleurs, c'était à cause de ma remarque ... Alors Jessica, pour la première fois depuis la rencontre, ouvrit la bouche :
- ... On le poursuit ?
Nous nous mîmes toutes les deux à poursuivre le chanteur qui lui-même courrait vers son frère. J'aperçus l'extrémité de son manteau disparaître à l'angle d'un grand immeuble. Lorsque je tournai à mon tour, je pilai net devant le spectacle écoeurant. Jess me rentra dedans.
- Aieuuuuuuuuuuu ! couina-t-elle. Mais pourquoi tu as ...
Le reste de sa question resta en suspens, et un cri étranglé monta du fond de sa gorge.
Devant nous gisait un cadavre démembré.
Je dus m'évanouir car je me rendis compte que j'étais allongée au sol et que Jessica me giflait sans violence pour me réveiller. Je me relevai un peu vite et la tête me tourna. En face de moi, les jumeaux Kaulitz se tenaient debout à distance respectueuse. Une partie de moi remarqua que Bill avait retrouvé son frère et fut contente pour lui, tandis que le reste s'en fichait éperdument.
C'était sûrement un cauchemar. J'avais cru voir un mort, écrasé au sol. Je me relevai avec difficulté, Jess me soutenant. Elle était d'une pâleur effroyable. Je m'avançai vers elle et trébuchai sur un pied ... suivi d'une jambe ... suivie de ... rien ! Une jambe seule flottait au centre d'une flaque de sang. Mon regard se porta un peu plus loin, et je constatai avec un n½ud dans le ventre que ce que je prenais pour une vision était réel. Le cadavre était bien là ! Des os fracturés avaient percés la peau et se dressaient verticalement, arborant fièrement un manteau rouge sombre. Le corps avait dû faire une chute d'au moins 10 mètres. D'autres membres ( bras, tête ... ) étaient éparpillés autour. Argh ... Je tentai de garder mon repas à l'intérieur de mon estomac ; sans succès. Tandis que je vomissais au bord de la chaussée et que Jessica me tapotait gentiment le dos, Bill et Tom priaient en silence près du mort. Les jambes encore flageolantes, je butai contre autre chose. La tête du défunt. Re-argh ... Curieusement, ce ne fut pas la vision dégoûtante de tout ce sang et cette chair qui me révulsa, mais le visage que je reconnu dans ces traits. Gustav Schäfer.
J'inspirai à fond et m'agrippai à Jessica. Voilà donc pourquoi les jumeaux observaient ce silence si respectueux ... Gustav était ... mort. Et d'une mort si horrible qu'elle ne serait souhaitable à personne. Tom, s'apercevant que j'étais réveillée, vint me poser une main sur l'épaule. Un frisson me parcourut le dos. Il me déclara, avec un fort accent allemand qui me fit de nouveau frissonner :
- Il ... euh ... il s'est ... heum ... tué ... ?
Il cherchait la traduction française. Je proposai, sachant d'avance la réponse :
- Suicidé ?
- Heum ... oui, c'est ça, il s'est suicidé.
Je faillis répondre que cela paraissait évident, mais il y a des jours où il vaut mieux se taire, et celui-ci en était un. Jessica que l'horreur avait tenue muette jusqu'à maintenant posa une question qui me surprit :
- Qui était-il ? Vous le connaissiez ?
Les jumeaux la regardèrent, incrédules. Soit mon amie était une parfaite idiote, ce qui ne m'aurait pas sauté aux yeux, soit ... soit elle ne connaissait pas l'identité du cadavre ! Je décidai de ne pas lui dire, pour ne pas l'épouvanter plus. Bien que cela me répugnait, je donnai un coup de talon discret à la tête décapitée de Gustav qui l'envoya rouler derrière un tas de poubelles moisissant ; d'un signe de tête, je priai les Kaulitz de ne rien dire. Ils comprirent aussitôt et restèrent cois. On pourrait leur attribuer un certain nombre de défauts, mais il faut reconnaître qu'ils n'étaient pas niais. Tant mieux.
- Où est Georg ? questionnai-je Bill à part.
Il détourna les yeux, et je compris que ce ne serait pas ce soir que j'aurais la réponse.
Sans qu'un mot de plus ne fut échangé, nous nous mîmes à rassembler les différents membres de Gustav autour de son corps ( sauf la tête ^^ ). La situation aurait pu être comique si elle n'avait pas été si désastreuse. Puis Tom dit quelque chose en allemand à Bill qui acquiesça et commença à vider les poches du mort. Vexée que les jumeaux ne me traduisent pas, je n'esquissai pas un geste pour les aider. L'air ailleurs, Tom me désigna Jess d'un regard. Je compris : ils ne voulaient pas éveiller les soupçons de la jeune fille qui s'indignait de voir un cadavre se faire dépouiller.
Je lui ébouriffai les cheveux avec un sourire, et Jessica, qui ne comprenait toujours pas plus, dut se contenter de me rendre mon sourire. Je m'accroupis près des garçons ; répugnant à approcher le corps, je regardai les Kaulitz à l'½uvre. Tom sortit un pendentif décoré du logo de Tokio Hotel d'une poche du jean. Il le fourra dans sa poche, et, surprenant mon regard, m'adressa un sourire triste et expliqua :
- On prend des souvenirs ...
C'est vrai que lorsque le corps serait emmené, tous les objets personnels de Gustav seraient enlevés et ils ne pourraient plus les récupérer.
Cela peut paraître étrange, mais je me sentais bien aux côtés de deux mecs mégacélèbres, m'adressant à eux comme à des familiers, alors qu'eux même devaient supporter la mort d'un de leur compagnon ... Curieusement, le mort de Gustav ne m'attristait pas. Je crois que je n'arrivai pas encore à accepter le fait. J'avais beau avoir son corps grossièrement reconstitué sous les yeux, mon esprit s'obstinait à nier.
En revanche, les jumeaux semblaient démolis. Pas une seule larme. Pas une seule émotion. Rien, le grand vide. Et je pouvais le comprendre. Et encore, je ne savais pas pourquoi le batteur s'était tué, ce qui n'était sûrement pas le cas des jumeaux.
Je me rendis alors compte que nous étions en pleine nuit et que la lumière provenait uniquement du lampadaire proche. Je pris également conscience du froid qui me bleuissait les doigts. Tandis que Bill et Tom remplissaient leurs poches d'objets divers, Jessica grelottait, en retrait, n'osant pas avouer qu'elle était gelée. Bill la pris en pitié et lui tendit son long manteau noir. Elle le remercia d'un « Danke ... » maladroit qui fit sourire Bill et détendit ses traits crispés. Elle s'enroula dans la laine chaude avec plaisir. Les fouilles reprirent. Soudain, Bill s'écria :
- Seine Stäbe ... Er hat nicht seine Stäbe !
Il se tourna vers nous et traduisit :
- Il n'a pas ses baguettes !
Nous levâmes tout les quatre les yeux vers la barrière à laquelle était accroché Gustav avant de sauter. Un mince bâton noir pendait de la barre supérieure ; quand à l'autre baguette, elle avait dû rester à terre. Tom grogna mais Bill insista pour aller les chercher. Alors qu'il remontait les marches de l'immeuble, nous entendîmes une sirène de police qui se rapprochait. Tout en me demandant s'ils venaient pour nous, je me tournai vers Tom.
- Oups ... lâcha celui-ci.
Il réfléchit un moment, puis sembla prendre une décision. Il chercha quelque chose dans sa poche et le tendit à Jessica. C'était le pendentif de Gustav.
- Pour que vous oubliez jamais ce soirée, déclara-t-il avec tant de tendresse dans la voix que je fondis littéralement devant son regard sincère. Il lui déposa la chaîne au creux de la main et reprit :
- Je pense que vous ne voulez pas avoir de ennuis, vous dev ... heum ... devriez partir !
Je hochai la tête. Jessica tendit alors un bout de papier à Tom ; dessus étaient inscrits l'adresse de l'appartement que nous occupions ensemble, ainsi que nos numéros de portable respectifs.
- Au cas où ... glissa-t-elle, sans y croire vraiment.
D'ailleurs, je n'y croyais pas non plus. Je crois que les jumeaux auront plus important à s'occuper après que d'aller voir des fans. Jessica quitta à contrec½ur le manteau de Bill et le déposa à côté du cadavre. La silhouette sombre de Bill sur le toit de l'immeuble, comprenant que nous partions, nous adressa un vague signe de la main puis reprit ses recherches.
Les sirènes de police se rapprochaient. Nous repartîmes par la ruelle où nous avions trouvé le chanteur effondré. Après un dernier regard en arrière, nous disparûmes de la vie des jumeaux Kaulitz.
Du moins le pensions nous ...

Le retour se fit dans un silence rêveur. A un moment, Jess me demanda :
- Et si ce n'était qu'un rêve ? Si nous nous réveillions demain sans ce pendentif dans ma poche ?
Je souris et lui ébouriffai les cheveux comme à mon habitude. Pendant que, comme à son habitude, elle se récriait avec force cris et grognements, je songeai :
- Alors ce serait un rêve magnifique ...

*****

Un poids m'écrasa le ventre. J'ouvris les yeux sur Jessica, assise sur ma couette, ses cheveux qu'elle n'avait pas encore coiffé lui dessinant une crinière comique autour du visage. Elle brandissait la chaîne en hurlant :
- C'était pas un rêve ! C'était pas un rêve !
Je grognai :
- Mais comment tu fais pour te réveiller aussi vite ?! C'est pas croyable ! On a pourtant eu une nuit agitée !
Elle esquissa quelques pas de danse au centre de la cuisine. Elle ajouta, toujours aussi joyeuse :
- Allez, c'est à toi d'aller chercher le pain !
Je soupirai, mais sa bonne humeur était contagieuse. Je me surpris à sautiller gaiement avec elle en répétant « c'était pas un rêve ! ». Décidément, les vacances, ça nous réussissait. J'avais réussi à me persuader que Gustav n'était pas mort, que ce n'était qu'une mise en scène où je ne sais quoi ... Nous nous préparâmes en songeant aux beaux jumeaux ( surtout Jess ) et au cadavre du suicidé ( surtout moi ... ). Vers 10 heures, j'étais dehors. Le vent froid acheva de me réveiller. Je me dirigeai vers la boulangerie en sifflant le couplet de Ich brech aus. Je poussai la porte vitrée et jetai un coup d'½il sur les journaux.
Mon c½ur cessa de battre.
Je pâlis, blanchis, violetis, bleuis et pour finir, je devins verte à faire peur. La boulangère, qui me connaissait bien, me demanda d'un ton inquiet :
- Ca va ?
Je ne pris pas la peine de répondre. Figée, je fixai bêtement le journal comme si mon seul regard pouvait démentir le gros titre sur la première page. Ce n'était pas possible ; nous étions avec eux, nous les avions vu ...
Lorsque je retrouvai un semblant de mobilité, j'attrapai le journal le plus près de moi d'une main tremblante et payai en oubliant le pain. Tant pis.
Roulant le papier sous mon bras, je rentrai. Des émotions contradictoires me tenaillaient. Il devait y avoir une erreur. Oui, c'était sûrement ça, il y avait une erreur. Bientôt, ce même journal m'apprendrait que ce n'était qu'une méprise. Bon dieu, pourquoi le chemin était-il aussi long ! Il fallait absolument que je montre ça à Jess. Je ne sais pas comment, mais il fallait aider les jumeaux !
Enfin apparut l'immeuble où j'habitais. Jamais l'ascenseur ne m'a parut aussi lent ... Lorsque s'ouvrirent les deux portes métalliques, je me jetai contre la porte de notre appartement et frappai frénétiquement.
Une Jessica en minijupe, bien peignée, vint m'ouvrir.
- T'as pas pris du pain ?

- Il faut que je te montre quelque chose ...

J'avançai vers la table de la cuisine et plaquai le journal dessus, tandis qu'elle refermait la porte derrière moi. Alors, elle s'approcha et lut par-dessus mon épaule le titre sur la première page du journal :
« Les jumeaux Kaulitz accusés du meurtre de leur batteur, Gustav Schäfer »




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вσŋΰs 1
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TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM

Bizarrement, je m'inquiétais plus pour mon frère que pour Gustav. Gustav était un grand garçon, il se reprendrait vite et s'en remettrait. Mais Bill était un grand sentimental. Je me demandai s'il allait s'en sortir indemne. Tous ces chocs ...
La silhouette en haut de l'immeuble n'avait pas bougé. Immobile, les yeux en l'air, j'attendis. Enfin, Bill apparut sur le toit. Il s'approcha de Gustav, sans paraître menaçant pour ne pas brusquer le batteur. La hauteur et l'obscurité naissante m'empêchait de voir leurs visages, et leurs voix étaient emportés par le vent. J'attendis dans le froid. Ma nuque me faisait mal mais je l'ignorai, concentré sur la scène en haut de l'immeuble. Soudain, je vis avec horreur les bras de Gustav lâcher la barrière. Son corps entama lentement la chute vers le sol. Puis il disparut avant de toucher le sol derrière un petit muret qui me masqua le choc.
- Il a sauté ... murmurai-je surpris, incapable d'esquisser le moindre mouvement.
Bill se pencha sur la barrière, puis lança un cri déchirant et tomba à genoux. Je me mis à pleurer. Pour Georg, pour Gustav, pour mon frère ...
J'étais figé. Je ne voulais pas admettre qu'il avait sauté. Pas lui. Pourquoi ... Lorsque enfin je retrouvai ma mobilité, je contournai le mur.
Oulala ... La chute avait démembré le corps. La tête livide de Gustav laissait s'échapper un filet de sang ; ses yeux ouverts me fixaient d'un regard morbide qui me fit frissonner. Le c½ur au bord des lèvres, je me détournai rapidement du spectacle dégoûtant qu'il offrait. J'eus soudain besoin de mon frère. Oui, je voulais Bill près de moi. J'en avait tant besoin ...
Je me précipitai vers l'immeuble, courant de l'autre côté du bâtiment pour éviter de repasser devant le cadavre. J'atteins la porte essoufflé, mais mu par un besoin de fraternité intense. Je sentais mon frère proche ; je le sentais mais ne le voyais pas. Je grimpai les marches quatre à quatre. Je trébuchai, me rattrapai, mais continuai inlassablement mon ascension. Après une course effrénée où je tombai à plusieurs reprises, j'arrivai enfin en haut. Je cherchai mon jumeau ; il n'était pas là. Je prononçai un "Bill" suppliant qui se perdit dans le vent. Je lui lançais mentalement des appels désespérés, mais seul le silence nocturne entrecoupés par des éclats de rire féminins ( devinez qui c'est ?!?! ) me répondit.
Je parcourus des yeux toute la surface du toit mais mon frère n'était évidemment plus là. Enfin, mon regard se posa sur des bâtons accrochés à la barrière : ils me rappelèrent les baguettes de Gustav. C'en était trop, je redescendis en pleurant à moitié. Tout en dévalant l'escalier, je réfléchis et déduisis qu'il avait dû descendre alors que je contournais l'immeuble. Hé mince ... Les faits étaient vraiment contre nous ce soir ! Ne sachant que faire de mieux, je rejoins le cadavre, espérant y trouver Bill. Je me sentis soudain égoïste de penser à mon frère qui, bien que mal en point, était au moins en vie, alors que Gustav était lui mort sous mes yeux. Mais Bill était mon jumeau ! Mais Bill n'était pas mort, lui ! Oh, il faut vraiment que j'arrête de penser ...
Je m'adossai contre le muret de béton, dirigeant mon regard partout sauf sur le corps, puis attendis, des frissons me parcourant régulièrement le dos : le froid, la solitude, la peur, l'horreur ...
J'entendis des pas précipités approcher dans ma direction. Je me levai, n'étant pas sûr que ce soit mon frère. Mais ce fut bien Bill qui dépassa le bâtiment qui le séparait de moi, courant, arborant un air perdu qui me donna fortement envie de le serrer contre moi. Mais d'autres pas résonnaient derrière lui. Je vis débarquer deux filles qui poursuivaient manifestement le chanteur. Encore des fans ... c'était bien le moment ! Je me rendis compte, alors que les jeunes filles s'arrêtaient devant le cadavre, que personne n'était encore au courant pour le suicide du batteur. “Suicide” ... ce mot résonnait bizarrement dans ma tête. Il se répercutait sur parois de mon crâne mais n'avait pas de sens. Suicide. Un mot pour décrire toute cette soirée, cet acte que venait de commettre Gustav, ce n'était qu'un mot pour résumer le résultats de pleins de sentiments déstabilisants. Oui, Gustav s'était suicidé. Non ... Chaque parcelle de mon être niait.
Je vis l'une des fans s'évanouir tandis que l'autre la retenait avec peu d'énergie, avant que mon visage ne soit englouti dans les cheveux sombres de Bill. Il me serrait dans ses bras, la tête dans mon cou et les mains tremblantes. Le voilà, mon frère, moi qui voulait le réconforter ; et bien vas-y Tom, réconforte-le ! Mais non, je me mis à pleurer. Je pleurais dans ses bras alors que c'est moi qui était sensé le consoler. Triste ironie ...
Et malgré tout, malgré tous ces évènements, ma partie égoïste reconnu que j'étais bien ainsi.


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GUSTAV GUSTAV GUSTAV GUSTAV GUSTAV GUSTAV GUSTAV

Lorsque je me réveillai, la blancheur de la pièce m'éblouit. Je refermai aussitôt les yeux. Mais où étais-je ? Où étaient les autres ? Je me souvenais du train, de Georg et moi qui étions partis chercher à manger, et puis le néant. Il avait dû se passer quelque chose, et quelque chose de grave. Je tentai de nouveau d'ouvrir les yeux : la lumière ne me gênait plus. Je me rendis compte que j'étais branché à toutes sortes de machines, et allongé sur un lit immaculé. Un bip résonnait très fréquemment ; je tournais la tête pour voir d'où venait ce bruit agaçant. C'était les battements de mon c½ur, qui étaient affichés sur l'écran d'une machine. Ok. J'étais donc à l'hôpital.
Mais . . . pourquoi ?? Ah oui ... pas très difficile de faire le rapprochement : il y avait eu un problème avec le train.
Je regrettai la présence des jumeaux à mes côtés, mais surtout celle de Georg, mon presque-frère. Il aurait su quoi dire pour me remonter le moral. Je comprenais qu'il ait pu y avoir des complications, mais j'étais tout de même vexé qu'ils ne m'attendent pas devant la porte les larmes aux yeux comme dans tout bon film sentimental.
Une infirmière rentrant dans ma chambre me confirma que j'étais bien à l'hôpital. Elle prononça des mots que je pouvais reconnaître comme français, mais que je ne compris pas. Alors elle me fit un signe de main qui imitait un téléphone. Je crois qu'elle me demandait si je voulais qu'elle appelle quelqu'un. Je répondis après une légère hésitation :
-Tom.
Oui, l'aîné saurait quoi faire. Tom savait toujours quoi faire. Tandis que Bill devait être mal en point, comme chaque fois qu'il se passait un évènement qui bouleversait le train train quotidien - si l'on peut qualifier notre quotidien de "banal" -.
L'infirmière repris son charabia, mais je captai deux mots importants : "son numéro". Je lui écris sur un papier qu'elle me tendait. Elle hocha la tête, puis ajouta quelque chose en articulant, sans prendre conscience que cela ne servait à rien. Pauv' dame. Puis je me rendormis.
Lors de mon réveil, je sentis une présence près de moi, et une main était posée sur la mienne. J'ouvrais les paupières et vit Tom devant moi. Des tas de noeuds dont je n'avais pas conscience jusqu'à maintenant se défirent dans mon estomac. Tom était plongé dans son sommeil ; je m'en voulus de le réveiller, mais j'avais vraiment besoin d'éclaircir cette affaire, ne serait-ce que pour savoir ce que je foutais dans un lit d'hôpital. Je l'appelai plusieurs fois doucement, mais il ne se réveillait pas. Je haussai le ton : - Tom !
Tom se redressa brusquement, sorti de son rêve, et s'écria « Bill ! » avant de se rendre compte de ma présence.
- Salut Tom, dis-je avec un sourire.
- Ah, salut Gus, comment ça va ?
Bien que je détestasse ce surnom, cela me fit plaisir d'entendre Tom le dire avec tant de légèreté.
- Euh, oui, si on peut appeler ça "aller bien" quand on a une dizaine de fils qui te sortent du dos !! Mais ... tu pourrais m'expliquer ce que je fais ici ?
Il me regarda pendant quelques secondes, cherchant ses mots, puis baissa les yeux et me lâcha d'une traite :
- On a eu un accident de train, tu t'en ais échappé de justesse et on a vraiment eu peur pour toi !
- Pour l'accident j'avais deviné, mais je ne me sens pas trop mal, à part une douleur dans la main ... ça ne devait pas être si grave que ça !
Je me demandai alors pourquoi Bill n'était pas avec son frère. Ils ne se séparaient jamais ! Quelque chose n'allait pas, Tom n'était pas sensé être seul. Je questionnai, l'air de rien :
- Où sont les autres, Georg et Bill ?
- Je ... je sais pas trop, Bill est parti tout à l'heure . . .
- Et je suppose que Georg est avec lui ... !!
- Heum ... enfin ...
Sans que je comprenne pourquoi, il fondit en larmes, et je ne pus que le prendre dans me bras en attendant qu'il puisse m'expliquer. Il se reprit rapidement mais, le visage pâle, il me déclara qu'il devait appeler son frère, qu'il reviendrait bientôt. Il sortit de la chambre sans un mot de plus.
# Posté le mardi 02 octobre 2007 11:30
Modifié le vendredi 05 octobre 2007 14:27

Partie 2 : Rêve brisé en reconstruction

Partie 2 : Rêve brisé en reconstruction
CHAPITRE 4
JESSICA JESSICA JESSICA JESSICA JESSICA JESSICA JESSICA

Je contemplai ébahie le journal devant moi. Tiphaine à côté me fixait, attendant ma réaction. L'image était une photo que je reconnus tout de suite : Bill se tenait sur le toit de l'immeuble, tandis que Tom, le cadavre à ses pieds et les mains dans les poches de ce dernier, arborait un air surpris et désarmé. Je pris le papier et lus l'article associé d'une voix si faible que Tiphaine dut se pencher pour entendre :
« Hier soir à 22h30, une dame a prévenu les policiers qu'elle assistait depuis son appartement à une scène étrange. “ Lorsque j'ai vu ça, j'ai tout de suite appelé la police. Ces jeunes gens en train de fouiller je-ne-sais-quoi, cela m'a tout de suite alerté ...”, affirme-t-elle.
En effet, lorsque les forces de l'ordre sont arrivées, elles ont constaté que le batteur Gustav Schäfer avait été poussé du haut d'un immeuble par le plus jeune des deux, Bill Kaulitz
( voir photo ci-dessus ). Les jumeaux cherchaient manifestement quelque chose ; ce qui pour les policiers serait le motif de ce meurtre. Ils n'ont pas eu le temps de le trouver avant que la police débarque. Pour finir, ils se sont enfuis et sont aujourd'hui recherchés.
Voici ce que déclara ...
»
Je ne lus pas la suite. Ce n'était pas nécessaire.
- Recherchés ..., murmurai-je, tentant à grand peine de mettre de l'ordre dans mes idées.
Mais qu'est-ce que c'était que ces conneries ? Les Kaulitz n'y étaient pour rien, nous étions témoins ! Gustav. Mort. Et Georg dans tout ça ? Mon cerveau travaillait au ralenti. Je ne pus m'empêcher de me féliciter intérieurement d'être partie à temps. Egoïste. Tiphaine ne décrochait pas un mot.
En silence, nous nous assîmes sur le canapé. Enfin, je demandai :
- Ce ne serait pas possible de se présenter comme témoins et de plaider pour les jumeaux ?
Tiphaine se tourna vers moi, tendue.
- Ils se sont enfuis, Jess, en-fuis ! N'est-ce pas signer leur culpabilité ? s'écria-t-elle en accompagnant ses paroles d'un coup de poing sur la table.
- Tu ne les crois pas innocents, c'est ça ? m'enquis-je, le visage virant au rouge foncé.
- Comprends-moi Jessica, on a des idées toutes faites, tu veux protéger les jumeaux parce que tu les admires, mais que sais-tu d'eux ? Est-ce qu'on doit vraiment écarter la possibilité du meurtre ?
- Oui, on l'écarte, ils ne seraient pas capables de ça !
- T'en sais rien !! Et puis tu voudrais faire quoi pour eux ?? Hein ?
Le ton montait ; il aurait mieux fallu à quiconque d'être loin de nous en ce moment. Un bruit nous alerta de l'autre côté de la porte. Avec des gestes brusques pour bien me montrer sa colère, elle alla ouvrir pour examiner le couloir. Elle lâcha un « Rien. » sec et revint s'asseoir sur la banquette le plus loin possible de moi. Je me murai dans un silence rageur. Tiphaine, avec un air faussement désolé, déclara au bout d'un certain temps :
- Jess ... nous ne connaissons pas les jumeaux ...
- Il n'y a pas besoin de les connaître, la coupai-je d'un ton tranchant. Cet acte est inhumain, et les Kaulitz sont humains que je sache !
- La célébrité change les hommes ...
Je ne daignai pas répondre. Comme si elle en savait quelque chose, de la célébrité !
- Tu sais, j'ai ... j'ai posé ma main sur l'épaule de Bill ( je lui lançai un regard haineux qu'elle ignora ) pour compatir à la mort de Gustav et il m'a lancé un regard du genre 't'inquiète, c'est pas si grave'.
J'avais envie de la frapper. De lui cracher au visage. Mais elle n'avait pas de c½ur ! Comment pouvait-elle imaginer de telles choses ? J'avais vu le regard de Bill, j'avais senti sa souffrance me frapper comme un coup de couteau. J'avais ressenti sa douleur ...
Un élément dans la remarque de Tiphaine m'interpella. Je repassai sa phrase dans ma tête. Soudain, je compris : pour compatir à la mort de Gustav ... Je me tournai brusquement vers elle :
- Tu savais !
- Pardon ? dit-elle d'un ton qu'elle voulait désintéressé.
- TU SAVAIS QUE C'ETAIT GUSTAV ET TU NE M'AS RIEN DIT !!!
- Heum ... ah oui c'est vrai ... en fait, je pensais que ce serait trop d'un coup, que tu serais trop triste ...
- TROP TRISTE !?! explosai-je. Et pourquoi n'aurais-je pas le droit de pleurer Gustav comme les autres ?! DIS-MOI POURQUOI JE N'AURAIS PAS LE DROIT D'ETRE TRISTE ??
Je m'approchai d'elle et lui crachai :
- Tu me dégoûtes.
Sur ces mots haineux, je quittai la pièce et me réfugiai dans l'unique chambre de l'appartement. Je n'en voulais pas tant à Tiphaine que je le laissais paraître, mais j'avais besoin de crier sur quelqu'un. Bien sûr, je comprenais son point de vue, et peut-être même avait-elle bien fait de me cacher la vérité ... Je songeai un instant à aller lui faire mes excuses, mais j'avais tout de même une dignité et j'attendrai que de son côté aussi elle réfléchisse un peu. Commençant à m'ennuyer, je pris sans bruit le journal et revins dans la chambre. Je voulais penser à autre chose. Je lus en diagonales les titres : des licenciés en colère, le sondage électoral, un accident de train ... Pff, sans intérêt.
J'avais beau faire des efforts, mes pensées revenaient vers les jumeaux. Plus précisément vers Bill ... Beaucoup diraient : ça y est, elle est amoureuse. Mais ce n'était pas le cas. J'étais seulement ... hypnotisée. Lorsque le jeune allemand m'avait prêté son long manteau avec un sourire, j'avais sentis un message passer entre nous. Oui, je sais, c'est idiot, mais j'ai vraiment eu l'impression qu'il me remerciait d'être ici avec eux ce soir-là. Et mes yeux lui avaient répondu que si c'était pour lui, alors c'était de bon c½ur.
Le journal ouvert sur mon ventre, la tête levée vers le plafond, je songeai ainsi longtemps.
Le repas de midi se passa dans une froideur inhabituelle. Je regrettai de ne pas entendre Tiphaine se moquer de mon appétit ( j'ai toujours faim, et ça l'amuse de se foutre de moi ). En début d'après-midi, je m'installai dans mon lit pour songer comme j'avais fait toute la matinée. Je pouvais bien le reconnaître : je m'ennuyais affreusement.
Des coups à la porte d'entrée me tirèrent de ma rêverie. J'allai voir d'un pas lourd. Ayant une fierté à préserver, je n'adressai pas un regard à Tiphaine qui se dirigeait elle aussi vers la porte. Je croyais voir des Bill partout sur les magazines ... Je détournai les yeux pour les reporter sur la porte à présent ouverte. Deux personnes se tenaient devant nous. Je vous laisse deviner lesquelles ...

Bill et Tom Kaulitz. Deux semi-dieux devant chez moi ! Ouah c'est pas vrai je rêve ! Tiphaine eut un mouvement de recul que je mis sur le compte de la surprise ( impossible de reculer de peur devant le visage angélique des jumeaux ). Je me souvins alors de la probable raison de leur venue : ils cherchaient un refuge pour se cacher alors qu'ils avaient les flics au cul ... Ca refroidit. Après un court instant d'échange de regards, je rompis la glace :
- Je crois que quelques explications ne seraient pas de trop ...
Les Kaulitz hochèrent simultanément la tête. Tiphaine les invita à passer dans le salon et à s'installer sur le canapé. Tom, tout de suite à l'aise, ramena ses pieds devant lui et écarta les genoux, les bras à l'intérieur. Puis il attendit tranquillement que la discussion commence. Bill, quant à lui, était raide comme un piquet, le front plissé et les traits crispés. Tiphaine se plaça devant Bill, assise sur la table, tandis que je m'asseyais en face de Tom. Dommage, j'aurais préféré interroger mon idole les yeux dans les yeux à supporter le regard perçant de Tom qui me détaillait et me jugeait. A ma grande surprise, ce fut lui qui parla le premier :
- Vous avez sans doute lu les journaux ...
J'acquiesçai silencieusement.
- Vous avez sans doute aussi compris que la police avait tout heum ... deviné ... de travers.
Je jetai un coup d'½il lourd de reproches à Tiphaine qui était très significatif pour les jumeaux. Bill murmura, un peu étonné :
- Tu ne nous crois pas ?
Je vis Tiphaine frémir de tout son être au son de la voix du chanteur. Bill ne semblait pas sans effet sur elle non plus. Pour toute réponse, elle le questionna :
- Pourquoi êtes-vous partis ?
- ... la peur ... on a pas réfléchi, on a pas eu le temps ..., expliqua-t-il de son accent chantant.
Cet argument ne parut pas convaincre Tiphaine mais elle n'insista pas. Un silence pesant s'installa, pendant lequel chacun de nous fit bien attention à ne pas croiser le regard d'un autre. Etrange moment. Enfin, Tom, avec une aisance qui lui ressemblait bien, demanda franchement :
- Bon, écoutez, il ne faudrait pas trop attendre non plus. Mon frère et moi sommes venus vous demander votre aide. Est-ce que vous accep...teriez de nous cacher le temps que nous nous occupions de ce affaire ?
Le français approximatif du jeune homme ne masqua pas l'inquiétude qui perçait dans sa voix. Un « oui ! » un peu précipité franchit mes lèvres. Etant convaincus de ma bonne volonté, ils se tournèrent vers Tiphaine qui hésitait encore. Elle croisa les yeux suppliants de Bill, frissonna, puis lâcha en baissant la tête :
- Nous nous fourrons dans une merde noire ...
Elle releva un visage résigné.
- Mais vous pouvez restez.
Les Kaulitz s'échangèrent un regard, un sourire, puis Tom prit Bill dans ses bras et lui murmura à l'oreille :
- On s'en sortira, p'tit frère.
Une main se posa sur mon épaule ; Tiphaine s'était rapproché de moi. A présent, nous étions unies. Unies pour les jumeaux. Et ce n'est pas d'insignifiantes disputes qui pourrait y changer quelque chose.

Et c'est ainsi que, dans le petit salon de notre petit appartement, la décision fut prise de protéger des fugitifs célèbres et mignons avec ça ...




CHAPITRE 5
BILL BILL BILL BILL BILLL BILL BILL BILL BILL BILL BILL BILL BILL BILL

Je retins mon souffle. Tiphaine releva la tête.
- Mais vous pouvez rester.
Je soupirai de soulagement et regardai Tom qui me regardait aussi ; puis je lui souris alors que lui aussi me souriait. Enfin, il me prit dans ses bras et me glissa :
- On s'en sortira, p'tit frère.
Ces paroles me firent chaud au c½ur, car j'y croyais, j'y croyais aussi fort que je croyais en mon frère. Lorsque je me décollai à contrec½ur de lui, je m'aperçus que la tension presque palpable qui existait alors entre les deux filles avait laissé place à une union fraternelle, qui me rappela beaucoup celle que je partageais avec mon jumeau.
Jessica, qui aborda tous de suite le côté pratique des choses, demanda :
- Où allez-vous dormir ?
Tom répondit aussitôt, en s'allongeant sur les coussins pour illustrer ses propos :
- Le canapé est très bien pour moi.
Je poussai d'un geste agacé ses pieds qui essayaient de déloger mes fesses du canapé. Je m'enquis :
- Et moi ?
- Je ... on ... on va t'improviser un lit ... euh sur le tapis, répondit précipitamment Tiphaine en rougissant d'ainsi bafouiller.
Oh non, si elle avait déjà flashé sur moi ... et l'autre blonde à côté qui me fixait la bave aux lèvres ...
- Est-ce que ... vous pourriez nous en dire plus sur ce qui s'est passé hier soir ? questionna l'une d'elle.
J'hésitai un instant, croisai le regard de mon jumeau qui hocha la tête. Je me lançai alors dans un exposé détaillé, les deux fans buvant mes paroles. Elles n'avaient rien de spécial, ces filles, et pourtant j'avais l'impression que je pouvais leur faire confiance plus qu'à quiconque ( hormis mon frère bien sûr ). Cela me fit un bien indescriptible de pouvoir m'épancher de toute ma douleur. Je leur racontai tout depuis le début, quand nous avions dû prendre le train suivant à cause de mon retard ; l'accident ; Georg mort et Gustav supposé mort ; ma culpabilité, ma folie et ma fuite ; l'appel de Tom ; Gustav à l'hôpital ; son suicide un peu plus tard ; puis l'arrivée de la police ... Je terminai sur un :
- Et c'est grâce à l'adresse que nous a donné ... ?
- Jessica, compléta celle-ci.
- ... que nous a donné Jessica que nous nous trouvons chez vous.
Un silence s'ensuivit. Jessica et son amie – Tiphanie, je crois, ou Tiphaine – tentaient manifestement de mettre un peu d'ordre dans leur idées. Je m'étonnai de ne pas entendre une réplique de Tom briser le silence. Je me tournai vers lui et le trouvai endormi, la tête posée sur l'accoudoir et les pieds sous un coussin. Il affichait un air innocent qui masquait bien sa vraie nature.
Sur une demande de Tiphaine, je déplaçai la table du salon, tandis qu'elle réinstallait Tom plus confortablement et que Jessica partait chercher des couvertures. Une fois mon lit installé, je leur demandai si je pouvais dormir un peu. Elles me répondirent que je pouvais faire comme chez moi, que je pouvais dormir autant que je le voulais, et ñañaña ...
Je ne voulais pas réellement dormir. J'avais besoin d'être seul. Mais dès que je fus dans la chaleur des grosses couvertures, je sombrai dans le sommeil.

Je fis un rêve étrange. J'étais dans une toute petite salle de concert, mais il n'y avait pas de public, seulement Tom et les deux filles assis en face de moi. Ils me faisaient signe de les rejoindre, mais je ne pouvais pas. J'étais retenu par la scène. Le micro dans une main, le pendentif de Gustav dans l'autre. J'entendais leurs appels, mais ils ne pouvaient pas m'entendre. Je leur adressai un regard désolé, leur indiquant d'un geste que je ne pouvais me détacher de cette scène. Alors Tom haussa les épaules, et emmena Jessica en la prenant par la taille, accompagnant son geste d'un « dommage » murmuré. Tiphaine les suivis avec une mine joyeuse. Je les regardai partir en criant, hurlant le nom de mon jumeau, implorant, pleurant ; mais la salle était vide : ils n'étaient plus là.

*****

Je me réveillai en sursaut ; de la sueur trempait mes draps. Je pris quelques minutes à retrouver mes esprits, encore troublé par mon cauchemar. J'écoutai les bruits dans l'appartement : le sifflement régulier était la respiration de mon frère qui dormait toujours, enfoncé au milieu des coussins. Les voix des filles me parvenaient depuis leur chambre. Je les laissai entre elles, et allai plutôt chercher à manger dans la cuisine. Je dénichai non sans mal un paquet de gâteaux que je ramenai dans le salon. Tout en m'empiffrant sauvagement, je frôlai des doigts le front de mon frère, chassant des dreads qui n'y avaient pas leur place. Mon geste répétitif finit par le réveiller. Il bailla sans retenue, s'étira, puis me fixa avec des yeux ensommeillés de raton laveur.
- Bien dormi ?
Il hocha la tête, puis, remarquant les couvertures défaites :
- Eh ben je vois que je suis pas le seul !
- A avoir dormi, non. A avoir bien dormi, si ...
- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il t'est arrivé encore ? Un cauchemar ?
- Ben ... oui, c'est un peu ça ...
Il me prit dans ses bras avec la douceur d'une mère qui berce son enfant.
- Allez, raconte-moi, m'encouragea-t-il.
Je ne me fis pas plus prier. Je lui racontai tout mon rêve sans omettre aucun détail. Quand j'eus fini, Tom resta un instant silencieux, puis lâcha un « Oulala » lourd de sens. Je m'assis sur le canapé près de lui.
- Et ben mon gars, on peut dire que ça ne va pas si bien que ça là-dedans ! marmonna-t-il en me tapotant la tête. Je crois que tu devrais décompresser, vraiment, profite quoi !!
- Moui ... grognai-je pas très convaincu.
- Je me demande comment tu peux ressasser tout ça sans exploser ! Tu te sens prisonnier de ta célébrité, tu as peur que je te pique Jessica ...
- Hein ?
- Maieuh laisse-moi finir. Tu mélanges Gustav à tout ça, et tu as peur qu'un jour quelque chose nous sépare et que tu ne puisses rien y faire ...
Ce disant, il me passa un bras autour des épaules et m'adressa un regard bienveillant dans lequel je puisai plus d'amour que je ne pouvais contenir.
- Mais ça c'est une fausse angoisse : tu sais bien que rien jamais ne pourra nous séparer.
- Mais quand je t'ai laissé tomber ...
Je m'interrompis. Je venais de saisir le sens de ses paroles ; car lorsque j'avais fui devant la vérité, je ne m'étais jamais senti aussi proche de mon jumeau. Cette idée me rassura et c'est de nouveau serein que, après m'être glissé dans les couvertures, je refermai les paupières.

*****

Une main me secoua doucement l'épaule. Je gigotai pour faire comprendre que j'étais réveillé mais mes yeux restèrent clos. Une voix me parvint :
- Bill ! Debout ! DEBOUT GROSSE LARVE !!!
Mes couvertures volèrent. Mes orteils s'agitèrent au contact de l'air froid, et je consentis enfin à ouvrir les yeux. Tom se tenait au-dessus de moi, et me toisait d'un air de psychopathe. Il se mit à rire et je le rejoignis vite, n'ayant eu aucun mal à me réveiller complètement. Mon profond sommeil sans rêve avait été réparateur, et je fus debout rapidement. Jessica et Tiphaine en chemise de nuit discutaient cuisine dans ... dans la cuisine. Je leur adressai un bref « bonjour », mais toutes les deux se précipitèrent vers moi pour être la première à me faire la bise. Tandis que Tiphaine me plaquait deux bisous sur les joues, Tom me sourit d'un air malicieux et indiqua de la tête le postérieur de Tiphaine qui pointait dans sa direction. Je lui fis les gros yeux et il éclata de rire, s'attirant un regard étonné de la part des deux filles. La bonne humeur s'étant installée pour la matinée, nous nous préparâmes rapidement. Malheureusement, ce fut moi que l'on chargea d'aller acheter le pain et les croissants. Je fis la moue mais c'était la loi de l'appartement ( chacun son tour, chaque matin ) et personne ne peut rien contre la loi de l'appartement.
Je pris huit croissants sur demande de Jessica, des provisions de pâtisseries pour la semaine toujours pour Jessica ( on se reconnaît bien là hein mon ptit tas  ), deux pains et le journal au cas où paraîtraient des informations sur l'enquête nous concernant. Sur le chemin du retour, je gardai la tête baissée pour ne pas risquer de me faire reconnaître. J'avais à regret abandonné le gel et déteint mes cheveux. Mon maquillage, pour la première fois depuis bien longtemps, ne quitta pas la trousse qui le contenait. Le parcours me parut bien plus long, encombré comme je l'étais ; alors je pris le temps de réfléchir. J'essayai d'analyser mes sentiments par rapport aux deux filles qui nous hébergeaient mais n'y parvins pas, tout était encore trop frais dans ma tête. Quoi que la petite Jessica ... meuh non arrête, elle est comme toutes les autres, elle a juste eu plus de chance, voilà tout.
Lorsque j'arrivai devant l'immeuble, je constatai que la porte-fenêtre qui donnait sur le balcon de notre appartement était ouverte. Je criai en priant pour que mon accent ne soit pas reconnu comme allemand :
- Eh, Jessica, tu voudrais pas venir me filer un coup de main pour porter tout ça ?
Elle apparut sur le balcon, les yeux rieurs. Ils étaient beaux, ses yeux ... Son visage rayonna en apercevant les croissants et les pâtisseries. Je lui adressai un petit sourire et elle me lança :
- J'arrive !
Je hochai la tête, reconnaissant. Puis elle disparut dans l'appartement. Je n'avais pas réellement besoin d'aide, mais je n'avais pu m'empêcher de l'appeler. Tiphaine apparut à son tour par la porte-fenêtre. L'air maussade, elle déclara :
- Et moi aussi, je viens !
C'est pas beau la jalousie ... Je secouai la tête. Non mais pour qui je me prenais pour juger les gens ? La célébrité me montait au cerveau, je me fis la réflexion que faire une pause ne pouvait que me faire du bien. J'attendis donc patiemment l'arrivée des jeunes filles.
Je crus entendre mon nom prononcé dans mon dos. Je me retournai : trois fans me toisaient avec un air antipathique qui n'annonçait rien de bon pour moi. L'une d'elle grogna :
- C'est toi le salopard qui a tué Gustav ... ?? Petit con, j'vais te faire la peau ...
Avant que j'ai eu le temps de protester mon innocence, la plus grande des trois, une fille longiligne avec des allures de garçon manqué, me décrocha une droite qui m'envoya rouler au sol. Tout mon chargement s'éparpilla autour de moi. Avec un hoquet de douleur, je ravalai les larmes qui voulaient à tout prix couler de mes yeux. Je me relevai sur un coude et gargouillai à voix basse :
- C'est pas moi ...
Une chaussure percutant mes côtes me répondit. Cette fois, je crachai du sang. Je fus pris de panique et hurlai le nom de mon jumeau. Un autre coup de pied violent m'empêcha de continuer mes appels à l'aide. Tous mes sens hurlaient. Seule une des filles me frappait, les autres contemplaient la scène avec un sourire vengeur accroché aux lèvres. Tout en me tapant, la grande perche vociférait des paroles incompréhensibles en français, prononcées d'un ton haineux ; j'y reconnus plusieurs fois le nom « Gustav ». Puis lentement je me sentis perdre connaissance, tandis que la fille continuait à me battre, indifférente.
Mais une vision m'empêcha de sombrer : Jessica qui accourait vers moi en leur criant de ne pas me toucher et qu'elle allait les tuer. Je m'accrochai à la réalité juste pour voir jusqu'où irait-elle pour moi. Plus loin que je ne le pensais. Non contente de les faire fuir, elle attrapa la dernière fan de Gustav qui se trouva être celle qui me martyrisait depuis le début. Elle la jeta à terre et la rua de coup, en hurlant un mélange de français et d'allemand donc je compris le sens général : t'as touché à mon Bill, tu vas crever ...
Et voilà Tom et Tiphaine qui arrivèrent en même temps. Tom se jeta sur moi, tandis que Tiphaine retenait à grand-peine Jessica qui avait lacéré la peau de la groupie de ses ongles et lui avait ouvert la lèvre et l'arcade sourcilière. Je dis à mon jumeau qui essuyait tendrement de son pouce le sang qui coulait sur mon visage :
- Je crois que tu devrais plutôt aller aider Tiphaine à calmer Jessica ...
Tom nota mon sourire mi-moqueur, mi-amoureux et me laissa donc, non sans m'avoir avant relevé doucement et prêté sa casquette pour me tenir chaud aux oreilles. Tiphaine ouvrit de grands yeux fascinés devant les dreads de mon frère cascadant sur ses épaules. Il eut un sourire crâneur puis, avisant la fille geignante à ses pieds qui recevait toujours les coups de Jessica, il retint cette dernière le temps que la groupie s'enfuie.
Enfin, elle leva les yeux vers moi. La douleur m'empêchait de bouger, je me contentai donc de lui adresser un sourire reconnaissant. Mon c½ur se gonfla de joie lorsqu'elle accourut dans ma direction, inquiète. Alors que je tendais avec difficulté les bras pour l'accueillir, elle me passa devant et se jeta au chevet des achats éparpillés autour de moi. Elle s'écria, malheureuse :
- Les croissants sont foutus !!!
Terriblement vexé, je fermai les yeux ; mes dernières forces me quittèrent. Je sombrai dans l'inconscience avec le goût amer du sang dans la bouche. Mais malgré ma déception, je dus reconnaître qu'au fond de moi, mon c½ur riait de l'insouciance de Jessica ...




CHAPITRE 6
TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM TOM

Nous rentrâmes à l'appartement dans une ambiance de mort, Bill parce qu'il avait mal, Jess parce qu'elle tenait tristement les croissants déchiquetés dans ses bras, Tiphaine parce qu'elle était jalouse de l'admiration que portait mon frère à sa copine, et moi parce que je ne voulais pas être le seul con à parler. Et aussi parce que j'avais mal ... Mal pour mon jumeau. Nous savions que lorsque l'un de nous souffre l'autre ressent la même douleur, voir amplifiée.
Devant moi marchait Tiphaine, qui suivait Bill suivant lui-même Jessica. Curieusement, ses fesses remuant sous mon nez ne m'inspirèrent aucun désir. Et pourtant je l'aimais, je le savais maintenant ... et ce n'était pas réciproque. Je m'efforçai de ne pas en vouloir à Bill de me voler l'amour de Tiphaine, mais il arrivait que je devienne brusque lorsque le sujet dérivait sur cette dernière. J'en étais encore à me demander comment on pouvait aimer une fille sans vouloir forcément coucher avec elle quand nous parvînmes devant l'appartement. Je fouillai dans ma poche en énonçant clairement :
- C'est moi qui ai les clés, j'ouvre !
J'avais fait de réels progrès en français. J'en étais fier et je commençais même à parler à Bill dans cette langue plutôt qu'en allemand. Mais cela n'avait pas l'air d'émouvoir Tiphaine ; Bill parlait bien mieux que moi depuis le début. Il ne manquait pas de le montrer ! Non, non, je commence à être jaloux ...

Suite à l'incident, nous décidâmes à l'unanimité de modifier la « loi de l'appartement ». Les filles décidèrent que ce serait mieux pour Bill et moi de ne plus quitter l'immeuble.

L'après-midi passa dans une inactivité amère.
Au bout d'un moment, Tiphaine décida de partir en ville, Jessica faire les courses. Lorsque Bill proposa à Jess de l'accompagner – ce qu'elle refusa poliment –, je vis Tiphaine détourner la tête pour cacher ses yeux humides. Mon c½ur se serra mais je ne prononçai pas un mot. Après le départ des deux filles, mon frère et moi nous installâmes dans le canapé. Bill n'était pas idiot : il avait bien compris ce qui se passait en moi. Il prit un magazine qui parlait de nous. Et oui, c'était le temps où nous apparaissions comme des musiciens et non pas comme des fugitifs ...
Bill me jetait des coups d'½il fréquents qu'il croyait discrets mais je feignis de dormir ( pas très réaliste comme excuse, j'avais été plus souvent endormi que réveillé ces derniers temps ! ). Enfin, l'ambiance devenant trop tendue pour moi, je me dirigeai à pas crispés vers la cuisine pour goûter. Je me concentrai sur ma tartine de Nutella en pensant à Tiphaine. Le couteau glissa de ma main moite et tomba sur la table avec un bruit métallique qui résonna dans mon crâne. Mon c½ur allait exploser, je ne pouvais continuer longtemps comme ça, je ne pouvais plus ! Mais j'étais moi-même peu convaincu de ce que je me répétais, est-ce que je l'aimais vraiment ??
J'aperçus l'ombre silencieuse de Bill se glisser derrière moi ; il voulait me prendre par surprise. Je continuai à manger avec une indifférence feinte. Mon frère lâcha d'une voix assurée :
- Je suis désolé.
A quoi je répondis du tac au tac :
- On ne dirait pas !
J'eus envie de me retourner pour voir son visage alors qu'il constatait qu'il avait foiré son effet de surprise. Mais je gardai la tête ostensiblement baissée et attendis qu'il relance la conversation. Ce qu'il fit, tout en s'asseyant en face de moi.
- Je vois bien combien tu veux te faire Tiphaine ...
- Bill, ne te fais pas plus con que tu es, j'aime Tiphaine ! le coupai-je sèchement.
Il leva les yeux aux plafonds comme pour signifier que je racontais n'importe quoi pour me justifier. Mais était-ce si faux que ça ... ? Rien que le fait de parler d'elle, j'eus la chair de poule et une vague de chaleur monta en moi. Je me sentis soudain le petit frère ; incapable d'affronter le regard de mon jumeau qui lisait en moi comme dans un livre ouvert, je fixai mes chaussures.
Bill se racla la gorge. Avec la voix de la sagesse, il lâcha d'une traite :
- Reconnais que tu “aimes” Tiphaine ; tu m'en veux parce qu'elle m'aime ; tu sais que je n'y suis pour rien alors tu t'en veux aussi d'être jaloux.
Je hochai la tête, furieux et confus qu'il décrypte si facilement mes pensées. Il se pencha en avant jusqu'à ce que nos visages se touchent presque.
- Mais je la protègerai de ton amour malgré cela, pour son bien.
- Tu ne comprends pas ! protestai-je.
- Il n'y a rien à comprendre ! Tu vas lui faire mal ! Comme tu fais mal à toutes ces filles avec qui tu couches et que tu largues après !!
Les larmes me montèrent aux yeux.
- Tu ne peux pas te contenter de Jessica, hein ? Il faut toujours que tu profites de ton succès ; tu profites de toutes les filles qui te tournent autour, même si c'est au détriment de ton frère !
- Ne me confonds pas avec toi, Tom Kaulitz ! rugit mon frère.
Sa main balaya l'air. Le pot de Nutella vola et alla s'exploser contre le mur.




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вσŋΰs 1
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Les jumeaux montaient l'escalier menant à l'appartement des jeunes filles rencontrées la veille. Malgré la fatigue, ni l'un ni l'autre n'avait envie de prendre l'ascenseur. Ils avaient besoin d'avancer seuls encore un moment.
Bill, de plus en plus nerveux, répétait sans cesse :
- Mais peut-être qu'elles ne voudront pas de nous ...
A quoi son frère répondait à chaque fois :
- Eh ben attends donc d'être devant elles pour leur poser la question !
Six étages, c'est plus long qu'ils ne le pensaient. Dans le dernier escalier, le chanteur trébucha et s'étala de tout son long. Riant, Tom attendit qu'il se relève. Il ne se releva pas.
Inquiet, le guitariste s'accroupit à côté de son jumeau et tourna sa tête, l'obligeant à le regarder.
- Allez, ma larve préférée, debout !
- Tom, je suis fatigué, j'ai plus envie de bouger ...
Alerté par sa soudaine faiblesse, le dreadeux secoua doucement l'épaule de Bill :
- Hé, frérot, tu me fais quoi là ? Tu pourras dormir chez les filles, mais pas au milieu d'un escalier !
- Elles ne voudront pas ...
- Elles voudront bien ! Du moins elles ont intérêt !
Un sourire lointain se dessina lentement sur son visage.
« Scheisse, il est vraiment naze, le pauvre ... », songea Tom en fronçant les sourcils.
- Mon frère. Mon jumeau. Maintenant que Georg puis Gustav nous ont quitté si ... précipitamment, je n'ai plus que toi. Si tu ne trouves pas la force d'affronter tous ces évènements la tête haute, alors je ne pourrai la trouver seul ...
Sa voix s'éteignit sur la fin de la phrase. Il se releva et tendit une main à Bill.
Les traits de ce dernier reprirent vie. Il déclara d'une voix plus assurée :
- Alors c'est ensemble que l'on fera face ! Je ne te laisserai pas, frérot, jamais ...
Puis il saisit la main de Tom et la garda pour l'étreindre longuement avec amour. Nous gravîmes les dernières marches fraternellement serrés.
L'aîné sortit un petit papier plié en deux et y jeta un coup d'½il.
« ... nia nia nia ... téléphone ... ah voilà ! Appartement 483. »
Ils trouvèrent facilement la bonne porte. Mais alors qu'il allait frapper, Bill lui retint le bras. Effectivement, des cris leur parvenaient à travers la porte. Le bruit d'une dispute. Le chanteur reconnut sans mal la voix de la jolie fille à qui il avait prêté son manteau le nuit précédente. Les twins se regardèrent incertain. Tom toussa ; soudain, les cris stoppèrent.
- Elles nous ont entendu ..., souffla Bill, éternellement inquiet.
- Meuh et alors ?!
- Tom, je pense qu'il faudrait revenir plus tard, c'est pas le moment pour débarquer chez elles, je crois ...
- C'est pas parce qu'elles s'entendent pas que ...
- Tom ! insista-t-il suppliant.
Le guitariste resta un moment silencieux, puis sourit comme s'il venait d'avoir une idée. Il entraîna Bill dans les escaliers en expliquant :
- J'ai remarqué une sandwicherie très mignonne en bas de l'immeuble. Nos deux fans pourront sûrement attendre que nous ayons le ventre plein !
Comme en réponse à la proposition de son jumeau, son ventre gargouilla. Il acquiesça et dévala les marches derrière lui en riant.


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вσŋΰs 2
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FAN DE GUSTAV

Un silence respectueux s'éternisait. Constance et Cécile semblaient sans vie, comme pour imiter le corps de leur idole en cet instant. Mais pas moi. Je ne pouvais me contenter de prier. Il me fallait une vengeance.
Comment pouvais-je encore avancer sans regrets si je laissais ces deux salauds s'en sortir sans souffrance ?! Assise sur les marches d'un immeuble, je ruminai des pensées noires pour venger Gustav.
Quelqu'un dans le hall de l'immeuble siffla Reden. Nous nous crispâmes toutes les trois, mais ne firent pas un geste. Je m'écartai pour laisser passer un grand homme tout de noir vêtu à la silhouette efféminée. Mon esprit l'identifia tout de suite comme Bill Kaulitz. Forcément, depuis la mort du batteur, je voyais des Bill et des Tom partout. Je laissai partir l'inconnu avec l'impression que c'était le chanteur de Tokio Hotel. Si je voulais rechercher efficacement les twins, il fallait vraiment que je mette de mon côté mon envie de violence et que je reconfigure mon cerveau pour qu'il arrête de reconnaître Bill dans toutes les personnes gothiques que je croisais.
Constance dit enfin :
- Vous y croyez, vous, à cette histoire de meurtre ?
Je retins mon envie de la gifler et crachai :
- T'es naïve, ma pauvre ! Les ptits Kaulitz ont voulu faire croire à un suicide. Pff ! La coïncidence avec la mort de Georg dans le train est trop flagrante ! Cela est évident, ils cherchaient la mort de leurs deux prétendus “amis” car ils leurs volaient la vedette ... ! C'est dégueulasse.
Cécile fit mine de vouloir défendre les jumeaux mais mon regard plein de haine l'en dissuada vite. Soudain, je reçus comme un électrochoc.
L'homme était de retour. A présent je le voyais de face. Je secouai la tête pour m'assurer que ce n'était pas encore un effet de mon imagination, mais je ne pus que confirmer ce que mes yeux m'assuraient : c'était bien Bill Kaulitz, là, devant moi ! La rage m'emplit alors que je le regardais marcher si banalement tandis que le corps de notre cher Gustav n'était aujourd'hui plus que des cendres. Il leva la tête et cria à quelqu'un que je ne voyais pas :
- Eh, Jessica, tu voudrais pas venir me filer un coup de main pour porter tout ça ?
L'interpellée passa la tête par la porte-fenêtre de son appartement et lui répondit qu'elle arrivait. Alors ainsi, en plus d'avoir si vite oublié Gustav, il s'était déjà fait une petite amie ! Une autre fille annonça depuis le balcon qu'elle descendait aussi. J'en déduis que, Bill n'étant pas comme son frère, la deuxième fille était la copine de Tom. Ma vue devint rouge. Il me fallait du sang : celui des Kaulitz. Je m'avançai vers lui et écartai indifféremment le bras de Constance qui essayait vainement de me retenir. Je l'appelai tout bas. Cela dut être assez fort pour lui car il se retourna. Je grognai :
- C'est toi le salopard qui a tué Gustav ... ?? Petit con, j'vais te faire la peau ...
La peur s'imprima sur ses traits, m'arrachant un sourire sadique. Mon poing partit si vite que même mes deux amies n'eurent pas le temps de réagir. Il balança tout ce qu'il portait et s'écroula à terre. Il tenta faiblement de se relever et chuchota :
- C'est pas moi ...
La fureur tordit mes traits. Je lui envoyai un coup de pied dans les côtes qui le fit cracher du sang. Un rire sans joie sortit de ma bouche. Il se mit à appeler à l'aide. Je l'en empêchai en continuant à le frapper. Toute ma colère se déversait dans mes coups. Je criai de plaisir à chaque fois qu'il gémissait douloureusement. Tout en le battant, je lui proférai des malédictions qui firent frissonner Constance et Cécile.
Des cris retentirent dans mon dos. Je me retournai et reconnus les deux filles accourant vers moi, accompagnées de Tom. Je remarquai quelque chose arrivant sur moi. Oh merde. La copine de Bill. Je bandai mes muscles, prête pour le combat rapproché, mais la jeune fan me sauta dessus et me fit perdre l'équilibre. Je m'écroulai à terre ; une douleur cuisante m'incendia la joue. La petite peste me lacérait la peau de ses ongles. Elle hurlait :
- Pétasse, Tussi, connasse, Schlampe !! Ich hasse dich, tu l'as touché, tu lui as fait mal, rââââ !!
La torture continua ainsi longtemps. Je fermai mon esprit à la douleur. Au fond, j'étais heureuse. Au moins Gustav saurait ce que j'étais capable de faire pour lui ...
# Posté le mercredi 03 octobre 2007 10:34
Modifié le vendredi 05 octobre 2007 12:18